Pluie de petits poissons sur un village du Sri Lanka

Le 6 mai 2014, comme l’éditeur recevait les exemplaires de la réimpression du Livre des damnés, cinquante kilos de petits poissons pleuvaient sur un village du Sri Lanka. Amusante coïncidence… ou pas, dirait notre ami Charles Fort. Les autorités locales ont eu tôt fait d’expliquer l’incident par l’intervention d’une tornade ou d’un tourbillon. Néanmoins, cette explication commode ne tient pas compte du fait que personne n’a vu au départ le tourbillon, que d’autres débris auraient dû accompagner les poissons et qu’aux États-Unis, dans l’allée des tornades, on ne rapporte pas ce genre de bizarrerie. Pour ceux que le fait intéresse, on peut consulter le lien www.bbc.com/news/world-asia-27298939

Faire son baptême de Charles Fort par Lo!

Dans la biographie « Charles Fort, the Man Who Invented the Supernatural » (éditions Tarcher/Penguin), l’auteur et historien Jim Steinmeyer est d’avis que le lecteur qui aborde Fort pour la première fois devrait d’abord jeter son dévolu sur le titre « Lo! ». Après avoir rendu en français les quatre ovnis littéraires de Fort, le traducteur se range à cette évidence : « Lo! » est le plus accessible et le plus conversationnel des quatre compilations d’anomalies produites par l’ermite génial du Bronx. Les sources autour des faits répertoriés viennent à la fois des revues savantes et des grands journaux populaires. L’auteur fait également une place aux phénomènes psychiques qu’il avait gardés à distance prudente dans « Le livre des damnés » et dans « Nouvelles terres ». En même temps, « Lo! » offre une variété de faits inexpliqués qui réjouira le lecteur assoiffé : pluies de grenouilles, de mollusques et d’insectes; apparition de monstres; frappes perpétrées par des meurtriers invisibles; téléportation d’eau, de cailloux, d’humains; statues saintes qui suintent; visiteurs du ciel; concomittance de phénomènes célestes et de cataclysmes terrestres… À mesurer l’étendue des faits insolites, il faudrait peut-être abandonner la notion d’anomalies pour lui préférer l’idée de discordances normales. De quoi fissurer bien des dogmes réconfortants sur l’isolement de la Terre dans le cosmos.

Un devoir de mémoire

Le livre des damnés en est à sa quatrième réimpression de la version intégrale parue en 2006 sous la bannière de Joey Cornu. Au départ, la nouvelle traduction de cette œuvre — la première étant épuisée en France (Deux Rives, Éric Losfeld, Éd. Néo, Éd. Durante) — visait deux objectifs : sortir de l’ombre un bijou de la littérature américaine, et aider au financement de la couveuse pour jeunes auteurs qu’est Joey Cornu.
Puis la révélation est arrivée. Le livre des damnés est un objet unique de connaissances et de questionnement sur la «pseudoréalité» dans laquelle nous vivons, pour reprendre un terme cher à Charles Fort. Aucune surprise au fait que des milliers de lecteurs motivés s’intéressent encore aux phénomènes réanimés par celui qu’on a appelé le prophète du surnaturel, aucune surprise non plus au fait que ces lecteurs soient séduits par l’audace des théories fortéennes et par sa prose élégante et vive. Le traducteur ne pouvait s’arrêter au Livre des damnés; il lui fallait remettre en vitrine les trois autres ouvrages de ce projet de vie que s’était donné Fort.
Merci à vous, chers lecteurs, qui rendez possible ce devoir de mémoire.

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